Victime de la mode : Poker et style font-ils bon ménage ?

La mode et le poker, c'est une longue histoire. Les joueurs ont leur style propre et les tendances ont évolué au fil des années.

Du sweat à capuche popularisé par Phil Laak au t-shirt humoristique au chapeau de cowboy en passant par le treillis militaire, la casquette ou les orgies de logos, les joueurs de poker entretiennent leur image et se forgent des personnages.

Suivez-nous dans un voyage au cœur des styles qui ont fleuri autour des tables et marqué différentes époques. De l'accessoire en vogue désormais relégué aux oubliettes à l'incontournable des rooms de toute la planète à l'attirail immonde qui vous fait vous demander si votre voisin de table n'a pas perdu le pari de trop, plongeons dans l'histoire du jeu sous le prisme de l'image.

Le Texas Hold'em et le chapeau de cowboy

Amarillo Slim_9Mar17.jpgAmarillo Slim, un cowboy historique du poker (Image courtesy UNLV Special Collections and Archives)

Années de popularité: Pour la nuit des temps, quoi de plus raccord avec le poker ?

Figures principales : Doyle Brunson, Amarillo Slim, Bret Maverick et le joueur expérimenté dans chacun des films de poker

Cool Factor: 5 sur 5

Le Texas Hold'em a commencé à gagner en popularité dans quelques Etats des USA au tournant du 19e et du 20e siècle. A cette époque, il suffisait d'avoir trois choses pour s'asseoir à une table : des yeux dans le dos pour parer à toute éventualité, des espèces et surtout un chapeau que John Wayne, l'incarnation du héros américain, ne renierait pas pour un de ses films.

Las Vegas a attrapé le virus du poker dans les années 1960 grâce aux pionniers du jeu, les Doyle Brunson, Amarillo Slim & co qui avaient déjà écumé toutes les parties... du Texas. Aucun de ces joueurs n'aurait osé se présenter à une partie digne de ce nom sans son couvre-chef.

Typiques d'une époque, on imagine difficilement Amarillo Slim avec son accessoire fétiche devant un ordinateur jouant une partie gratuite, les chapeaux de cowboys ont légèrement perdu en popularité parmi les joueurs les plus jeunes. Pourtant, il n'est pas rare de croiser un rancher occasionnel prêt à jouer les desperado à la table...

Jouer pour représenter son équipe favorite

SPORTS JERSEY_9Mar17-thumb-450x677-311047.jpgKid Poker a bien vite regretté d'avoir choisi une taille XXL

Années de popularité: 2004-2008

Figures principales: Daniel Negreanu et tous les anciens Red Pros représentant Full Tilt Poker

Cool Factor: 4 (en étant généreux)

Le maillot sportif est la preuve de votre attachement indéfectible à votre équipe de cœur. Plutôt confortable, le jersey s'est durablement implanté aux tables de poker dans les années 2000. A cette époque, certains joueurs confiaient même ne pas être de grand fans du club choisi et tenaient simplement à se fondre dans la masse. Originaire du Canada, Daniel Negreanu a porté de nombreux jerseys des franchises NHL basées dans le pays à la feuille d'érable.

« Les maillots de hockey c'était la référence mais ce n'est pas très saillant surtout sur un gars maigrichon comme je pouvais l'être à l'époque ! » raconte le Kid Poker avant de conclure avec une citation d'un grand philosophe : « C'était vraiment confortable mais une fois que vous atteignez la trentaine, comme l'a dit Charles Barkley, il est temps de raccrocher ».

Partir à la guerre avec un T-shirt agressif

AFFLICTION_9Mar17-thumb-450x597-311049.jpgPeu après l'entame du 21e siècle, chaque joueur pro semble se transformer en combattant spécialiste du MMA

Années de popularité: 2005-2010

Figures principales: Tous les qualifiés online de la fin des années 2000, tous les joueurs qui vont au gymnase et qui s'entraînent...

Cool Factor: 2

Au début des années 2000, les Arts Martiaux Mixtes se développent aux Etats-Unis et des fédérations comme Ultimate Fighting Championships (UFC) ou Pride Fighting Championships passent du côté obscure à la lumière. Le MMA devient plus mainstream et explose en 2006, contaminant le monde du poker.

Soudainement, les meilleurs joueurs du monde imitent le look des héros du MMA comme Chuck Liddell, Tito Ortiz ou encore Fedor Emelianenko.

Des marques comme Affliction, Ed Hardy et TapOut s'engouffrent dans le créneau avec un design gothique puissant et omniprésent. Des spectateurs massés autour de l'Octagon, le ring spécifique de l'UFC, cette mode s'exporte bientôt aux salles de poker. Si certains champions comme Michael 'The Grinder' Mizrachi (en photo) sont capables d'assumer ce look, certains joueurs étaient drawing dead dès le départ.

Pour le meilleur, ou pour le pire pour ceux qui s'y retrouvaient, cette tendance a été plutôt abandonnée. Le col en V tout simple et pour autant plus professionnel semble être devenu la pièce de choix pour livrer bataille aux tables de poker.

Se cacher derrière une écharpe

SCARF_9Mar17-thumb-300x450-311053.jpg"Il fait froid ou c'est juste moi ?"

Année de popularité: 2006 à nos jours

Figures principales: Dario Minieri, George Danzer, les joueurs européens ultra-agressifs venus d'Internet

Cool Factor: 3

Conçue pour se protéger du froid, une écharpe est censé être un accessoire utile en extérieur. Le rappel ne mange pas de pain puisque la folie s'est peu à peu emparée des joueurs de cartes, une activité d'intérieur.

Dario Minieri a construit son personnage de dégénéré en lançant la tendance. Immédiatement reconnaissable avec son écharpe de l'AS Roma, l'Italien est devenu une figure centrale de l'European Poker Tour.

Parfois frigorifiés dans les immenses salles américaines au thermostat ingérable, les joueurs prennent aussi l'excuse d'éviter le coup de froid. Mais la raison moins avouable de l'implantation exceptionnelle de cet accessoire autour des tables, c'est l'incapacité de nombreux joueurs à maîtriser leur langage non verbal et leurs tells physiques. Mieux vaut se cacher que livrer la force de son jeu à son adversaire par inadvertance.

Du bout de tissu bariolé de Charlie Carrel à l'étoffe en cachemire, des crimes beaucoup plus grave envers la mode ont été commis aux tables de poker que d'amener une écharpe...

Tu l'as vu mon logo ?

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Savez-vous qui était le sponsor de Scott Montgomery lors du Main Event WSOP 2008?

Années de popularité: 2007-2011

Figures principales: La totalité des joueurs sponsorisés lors de cette période

Cool Factor: 1

Il fût une époque où les opérateurs se faisaient plaisir et multipliaient les logos sur les vêtements des joueurs qu'ils sponsorisaient. Plusieurs formes, plusieurs tailles mais surtout plusieurs logos... partout.

Certains joueurs s'asseyaient donc aux tables avec une dizaine de logos répartis sur le t-shirt, la veste, la casquette ou le protège carte. Pas très classe mais efficace pour jouer des tournois sans payer le droit d'entrée, l'équivalent de prendre une nuit d'hôtel dans un palace et d'embarquer tout ce qui se trouve dans la chambre à disposition des clients...

Finaliste du tournoi principal des World Series Of Poker en 2008, Scott Montgomery fait presque profil bas avec cinq logos visibles en une seule image. Cette tendance à accrocher des patchs sur les finalistes de tous les tournois est de moins en moins présente et les organisateurs ont d'ailleurs réagi en imposant des règles sur la taille et la quantité des logos autorisés...

Les opérateurs voulaient tenter d'accrocher de la présence à l'écran, ou une belle photo dans un magazine spécialisé en cas de victoire mais l'outil marketing semble avoir perdu de sa force malgré son utilité. Si la pratique est difficilement qualifiable de cool, elle a été une tactique importante dans la promotion du jeu vers d'autres...

Il ne pleut pas mais j'ai un sweat à capuche

HOODIE_9Mar17-thumb-300x450-311059.jpgElkY ou la personnification ultime du « Boss de fin »

Années de popularité: 2007 à nos jours

Figures principales: Phil Laak, Pius Heinz et des centaines d'autres joueurs... que nous ne pouvons identifier grâce à l'efficacité de leur hoodie

Cool Factor: 2

Le sweat à capuche devient un accessoire incontournable du poker à la fin des années 2000. Avec l'arrivée massive des joueurs venus des tables virtuelles sur les événements disputés en live, le hoodie s'impose comme un classique. A l'inverse de nombreuses tendances qui n'ont pas soutenu le test du temps, ce type de vêtement se retrouve toujours autour des tables de poker de la planète entière.

Très simple, cet accessoire combine le fait d'être confortable, un prérequis afin de jouer assis sereinement pendant des heures, à la possibilité de masquer son visage en cas de besoin. Dans un jeu d'informations incomplètes, éviter de livrer un message non verbal inconscient est primordial.

Phil Laak a aimé porter cette pièce de manière extrême, ne laissant dépasser de son visage qu'une paire d'yeux ! Paré à toute éventualité, le joueur américain ressemble aussi bien à un requin qu'à un magicien, deux personnages crains autour d'une table...

« Quand j'ai commencé à jouer en live, les gens étaient en jeans et en t-shirt... c'était la tenue standard du début des années 90 », indique le Team Pro PokerStars Lex Veldhuis. « La vague Internet a déferlé et les gens voulaient s'habiller aux tables comme s'ils étaient à la maison », poursuit-il en faisant écho aux « joueurs en pyjama » chers à Roger Hairabedian. « Même si ce n'est pas idéal pour la beauté visuelle d'une retransmission, je comprends que les gens aient envie d'un confort optimal », termine Veldhuis.

La classe en costume

THE SUIT_9Mar17-thumb-450x675-311063.jpg Daniel Negreanu, le Team Pro PokerStars tranchant et affûté

Années de popularité: 2010 à nos jours

Figures principales: DevilFish, Tony Dunst, Anthony Zinno, Daniel Negreanu, James Bond

Cool Factor: 5

Sortir son plus beau costume pour la photo de la Table Finale reste une rareté dans le monde du poker. David « Devilfish » Ulliott se l'était joué James Bond en 2003 pour la première saison du WPT et une finale à Tunica qu'il avait ensuite dominé de la tête et des épaules pour conclure en head's up devant Phil Ivey.

Toujours à la pointe de la mode, Daniel Negreanu avait tenté le coup lors de son deep-run sur le Main Event des WSOP 2015, s'inclinant à quelques encablures du November Nine, en 11e position sur des milliers de joueurs.

D'autres joueurs comme Tony Dunst, Marcel Luske, Ben Roberts ou Jean-Jacques Mars ont aidé à élever le dress-code aux tables de poker, de l'Australie à la France.

Pour la Team Pro PokerStars Fatima Moreira de Melo, une ancienne championne olympique qui a fait de nombreuses séances photos, c'était une évidence, les joueurs devraient penser à s'habiller histoire de se mettre en valeur. Elle a rapidement changé d'avis et pris le parti du confort sur le style après avoir joué des heures.

« J'aime le fait que chacun puisse choisir de s'habiller comme bon lui semble », explique-t-elle désormais. « J'ai ce souvenir de l'EPT Londres, c'était en 2011 et je croise Devilfish et le Flying Dutchman [Marcel Luske]. Dave Ulliott n'est pas en mode Table Finale et porte un blouson de motard qui ressemble au style de la marque Ed Hardy tandis que Marcel est en smoking avec ses fameuses lunettes retournées, le détail qui fait tout. J'ai adoré, c'était authentique ! Mais aujourd'hui, les gens s'habillent de moins en moins », avoue la jeune femme.

Pour Lex Veldhuis, le style vestimentaire que l'on retrouve autour des tables est une conséquence de la préparation des joueurs, centrée sur une vie moins tournée vers l'excès et une nourriture plus saine.

« Quand vous êtes assis durant 12 heures à une table, il vaut mieux se sentir confortable. On observe que l'idée d'un mode de vie sain a eu une influence sur la manière de s'habiller. Les joueurs ont commencé à faire attention à ce qu'il mangeaient avant de jouer et pendant la pause dîner, à pratiquer une activité physique et à réfléchir à l'importance du sommeil et d'établir un rythme », explique le Néerlandais. « C'est plus facile de jouer mieux et plus longtemps en trouvant un équilibre de vie. Avec l'idée d'une vie plus saine, vient l'idée d'être un peu plus présentable. C'est plutôt marrant que la manière de manger ait influencé la mode dans le poker et les tendances suivies par les joueurs quand on y pense », termine-t-il.

Quelle est le style ou la tendance que nous avons raté ? N'hésitez pas à nous le faire savoir sur Twitter @PokerStarsBlog !

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