Actes manqués : la triste histoire des supporters de l'équipe d'Angleterre

Tous les suiveurs du football, enfin presque, savent bien que la victoire n'est pas aussi importante que tout le monde veut bien le dire. Regarder votre club soulever un trophée européen ou un championnat est une expérience extraordinaire mais la plupart des fans de la planète foot n'auront jamais ce luxe...

En matière de football international c'est encore pire et si vous avez la mauvaise idée d'être né dans un petit pays, se qualifier pour un tournoi continental ou la Coupe du Monde relève déjà de l'exploit !
Les Anglais ont inventé ce jeu et n'ont généralement pas trop de souci à se faire pour jouer les plus prestigieuses compétitions - ils n'ont manqué qu'un gros tournoi depuis l'entame du 21e siècle.
Pourtant, cela fait désormais deux générations de supporters de la sélection aux trois lions qui n'ont pas vu leur pays gagner, la dernière victoire anglaise remontant à la Coupe du Monde 1966 !

england-cover.jpgL'Angleterre à la hauteur de ses fans ?

Il est toujours temps de jouer à Spin & Goal sur PokerStars et de gagner des paris gratuits pour miser sur les matches se déroulant actuellement en Russie. Il y a des supporters pour qui le résultat n'a semble-t-il pas (trop) d'importance. Nous parlons de ces fans qui souffrent avec leur équipe année après année et continuent à tenter d'assister aux matches, aussi bien en Afrique du Sud qu'en Corée ou au Japon. Oui nous parlons des supporters des Three Lions qui s'entêtent malgré les défaites.

Presque

La défaite contre l'Allemagne à domicile lors de l'Euro 96 reste gravée dans les mémoires des Anglais. Une expérience incroyable pour une nouvelle génération, deux ans après l'échec de la sélection pour se qualifier au Mondial 94 aux Etats-Unis... mais une défaite à la maison.


Le traumatisme hante encore ceux qui sont nés dans les années 80 et après, ceux qui étaient trop petit pour aller en Italie en 1990 pour la Coupe du Monde, ceux qui savent bien que l'Angleterre peut rêver à l'extérieur mais ne termine jamais le travail à la maison.

« J'ai vu l'Angleterre jouer à domicile très souvent et participer à trois tournois loin de nos bases et j'ai l'impression de n'avoir jamais vu un grand match », avoue Jacob, traumatisé par l'erreur de Rob Green il y a huit ans lors d'un match nul contre les Etats-Unis en Afrique du Sud...
« Tout est dans l'amusement que procure le voyage et aussi l'espoir de gagner enfin. Bon il y a de nombreuses fois où je me suis dit « plus jamais » notamment après les matchs contre la Slovaquie et l'Islande en 2016... mais je suis en Russie », ajoute-t-il.

Poches profondes

Pour ne pas se ruiner, il faut être prévoyant et réserver son vol ainsi que l'hôtel à l'avance. L'ère Internet a simplifié les choses et permet d'anticiper plus facilement.
Joe a été en Slovaquie et en Slovénie pour les éliminatoires et il a appris de l'expérience. Il a aussi économisé beaucoup d'argent en commençant ses recherches au moment même où il s'est inscrit pour le tirage au sort lui permettant d'acheter le précieux sésame pour le match.

« Partir supporter l'Angleterre cela a un prix mais cela peut être bon marché, enfin raisonnable, si vous choisissez bien vos options », explique Joe. « Le prix de la place n'est pas négociable mais vous pouvez faire des sacrifices sur la compagnie aérienne, la qualité de l'hôtel pour économiser », indique-t-il.

34471-573751293517-7842172-n.jpgSupporter l'Angleterre, une expérience où le football passe parfois au second plan

Il y a une différence entre voyager pour apporter de l'aide à votre club et votre pays : avec les clubs vous ne partez que pour deux ou trois jours au maximum et vous ne visitez pas tant que cela de nouvelles villes ou pays.
De nombreux fans de l'Angleterre qui suivent des clubs de seconde zone n'auront d'ailleurs jamais le bonheur d'aller sur le continent pour la Coupe d'Europe...
« Je crois que de nombreux fans de l'Angleterre supportent les petits clubs, ceux qui ne font jamais un exploit et ne jouent jamais en Champions League. [...] Nous avons aussi accepté notre destin et le fait que nous ne sommes pas dans le club des nations reines, les déplacements sont faits pour passer du bon temps et s'amuser le plus possible. Etre au coeur de l'événement te donne l'impression d'être au centre du monde », explique Jacob malgré la qualification de son équipe pour les huitièmes de finale.

Russian calling

La Coupe du Monde, tout comme les Championnats d'Europe en France il y a 2 ans et la Coupe du Monde précédente au Brésil, est un événement unique.
Quand j'ai couvert l'Euro 2016 de Marseille et Nice, j'ai rencontré une multitude de fans... dont l'équipe ne jouait pas dans ces deux villes. Je ne parle même pas des supporters de l'Ecosse et de la Norvège - deux équipes non qualifiées pour la compétition - mais le foot est un espace de rencontres.

Les matches s'enchaînent à un rythme incroyable mais il y a toujours du temps pour se mélanger avec les supporters adverses dans les villes hôtes. « Cela fait partir du folklore de la Coupe du Monde de rencontrer les supporters des adversaires et de partager son amour du jeu avec eux », confirme Jacob. « Mes meilleurs souvenirs de mes déplacements pour supporter l'Angleterre, ce sont les discussions que j'ai eu avec les fans des autres nations », ajoute-t-il.
« J'ai toujours fait les déplacements pour les matches des poules car ce sont les moments les plus excitants... du foot toute la journée, tous les jours avec des fans du monde entier », abonde Colin.

217489-810086071727-2016324326-n.jpgLe calme avant la tempête

Les terribles affrontements entre fans anglais, russes et tunisiens à Marseille lors de la Coupe du Monde 98, ou ceux entre Russes et Anglais à Marseille en 2016 sont plus l'exception que la règle. D'après Colin, il y a un équilibre à trouver entre les fans de Wembley « une atmosphère de type familial », et l'« affrontement vocal » que Jacob préférerait entendre sur la vaste étendue du stade mythique anglais.

Les événements de Marseille restent un « mauvais souvenir » pour Joe, « le pire des supporters anglais » selon lui... alors que Jacob minimise encore la présence des fans et parle de hooligans. « Il y a toujours des idiots dans ce genre de rassemblements mais c'est une erreur de dire que nous sommes tous comme cela. Cela étant dit il faut bien avouer que les fans anglais se comportent parfois très mal », explique-t-il.
« [chanter] des trucs de la deuxième guerre mondiale c'est vraiment vieux jeu et c'est le comportement de certains idiots comme on a pu le voir à Amsterdam il y a quelque temps, cela pousse les médias à nous qualifier de voyous et les non-spécialistes de football à le croire », ajoute Jacob.

« Après les épisodes violents à Marseille, j'ai le souvenir d'avoir lu des absurdités, ce n'était pas la faute des fans anglais. Les gens tirent des conclusions erronées à cause du comportement d'une poignée. C'est un cercle vicieux qui n'arrange personne », termine-t-il.

Toujours optimiste

La plupart des fans interrogés pour cet article ne craignaient pas l'accueil en Russie malgré les heurts entre Russes et Anglais en marge de l'Euro 2016 à Marseille et un contexte politique trouble entre les deux nations. Bien au contraire.
De nombreux fans étaient heureux de continuer à découvrir une culture croisée à l'occasion des matches de Coupe d'Europe.

« Après avoir atterri à Moscou le 13 juin, nous sommes là pour un long moment », explique Joe. « Je n'ai pas de ticket pour tous les matches mais des membres de mon groupe ont prévu le coup jusqu'à la finale. Je me suis arrêté aux demi-finales », ajoute-t-il, prudent devant l'incertitude du sport.

Malgré les déceptions et les éliminations sans gloire, de nombreux fans prévoient un long séjour et ne rentrent pas directement au pays après l'élimination de leur équipe favorite. Regarder son pays aller loin est toujours plaisant mais le parcours de l'Angleterre n'est pas le préalable à un voyage réussi.

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La plupart des fans voyagent avec un petit groupe d'amis. Au fil des jours, l'équipe s'agrandit, vous rencontrez les mêmes supporters à des endroits différents. Dans un bar pour regarder un match, il n'est pas rare d'être interpellé par un groupe croisé dans une autre ville. Que cela soit à Paris ou à Moscou lors d'un trip football précédent.
Un grand tournoi de football provoque un environnement où les règles normales semblent ne plus s'appliquer. C'est une fête qui dure un mois et qu'y a-t-il de mieux que de tenter d'aller dans une fête où vous n'êtes pas invité ?
« J'ai vraiment une tonne de souvenirs des déplacements mais celui qui me revient toujours en mémoire s'est déroulé en Afrique du Sud en 2010 », explique Jacob. « Nous n'étions plus là que pour quelques nuits et nous avons décidé de visiter enfin le sky bar du Radisson de Jo'burg. L'incroyable s'est produit, quand nous sommes arrivés à l'hôtel, nous avons été escortés par la porte arrière et placés dans un espace VIP, quelqu'un a dû croire que nous étions des invités importants », rigole ce fan avant de développer : « Nous avons même été interrogés par la télévision et puis moi et un ami avons enfin remarqué qu'un mec ressemblant à Arsène Wenger était là. C'était lui en fait... c'est le moment où nous avons réalisé qu'il n'y avait que des footballeurs autour de nous. Dwight Yorke, Steve McManaman, Patrick Vieira, Edgar Davids ».

« C'est la nuit où j'ai offert [à l'ancien joueur de Manchester et d'Auxerre] Benjani de venir habiter chez mes parents s'il signait pour Plymouth Argyle. Il a refusé mais c'est aussi la soirée où j'ai appris à Jay-Jay Okocha une danse qui s'appelle « sweeping the country ». Jay-Jay m'a regardé faire des oreilles de lapin avec mes mains puis bouger sur la piste... avant de m'imiter. Ce mec est une légende ! »


* Les noms des supporters ont été modifiés.

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