Ramon Colillas : le PSPC, un rêve devenu réalité

La nouvelle est encore fraîche. Le PSPC a été remporté par un certain Ramon Colillas, devant notre Frenchy Julien Martini. L'Espagnol n'a pas volé sa victoire. Une victoire à 5,1 millions de dollars obtenue en freeroll complet, l'Ibérique faisant partie des plus de 300 Platinum Pass de ce tournoi exceptionnel.

Au lendemain de ce succès de prestige, Colillas s'est longuement entretenu avec mon homologue espagnol, Jorge Iglesias. Je vous propose donc d'en apprendre un peu plus sur celui que beaucoup considèrent déjà comme le nouveau Chris Moneymaker.

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Il y a quelques années, Ramon Colillas, originaire de Puig-reig, une petite commune de Catalogne (4 000 habitants), aspire à une carrière de footballeur professionnel. Malheureusement, trois ruptures des ligaments croisés mettent fin à ses ambitions. Mais à l'image d'un Patrik Antonius par exemple - tennisman à la base, lui aussi miné par les blessures - Colillas se rabat sur le poker. « Après les entraînements, nous allions jouer aux cartes dans un bar. Un joueur, un monsieur s'approche et nous dit : vous devriez essayer le poker. » Ce jour-là, Ramon apprend les règles du jeu. Suffisant pour piquer sa curiosité et l'inciter à créer un compte sur Internet pour se tester. « Je jouais des freerolls et de temps en temps quelques centimes, voire un euro. J'avais remarqué que ces tournois étaient toujours gagnés par les mêmes joueurs et je me demandais comment c'était possible. » Au bout d'un mois, la première victoire arrive. « J'ai dû gagner 7 € environ, que j'ai utilisé pour essayer de nouveaux formats. »

Dans les mois suivants, Ramon continue à augmenter sa bankroll, avant d'emménager à Barcelone pour son travail de coach personnel. Sa première accroche avec le poker dans la capitale catalane ne tarde pas. « Le Casino de Barcelone propose tous les lundis un tournoi à 100 € et dès ma première semaine là-bas, je l'ai joué et je l'ai gagné pour un gain d'un peu plus de 2 900 €. Les 7 fois suivantes, je n'ai même pas atteint l'argent ! »

Cette parenthèse barcelonaise prend fin rapidement, Ramon Colillas n'étant pas à l'aise dans cette grande ville. Il décide alors de rentrer dans son village de (4 000 habitants) pour y ouvrir un gymnase. C'est un succès immédiat, son planning est complet, ce qui lui laisse peu de temps pour le poker.

Avec le temps, le vainqueur du PSPC parvient toutefois à se qualifier pour les Estrellas Poker Tour (ESPT) de Valence et Madrid et joue toutes les sessions MTT online du jeudi et du dimanche. Son travail ne lui permet pas toujours de rester de longues heures à jouer. « J'ai alors découvert les Spin & Go. Vamos ! » Ce format beaucoup plus souple permet alors à Ramon de continuer à jouer sans rester prisonnier pendant des heures de ses tournois.

L'Espagnol venait de trouver son rythme. Aujourd'hui, ce sont 2 000 à 3 000 Spin & Go par mois et les sessions MTT du jeudi et du dimanche. Plus besoin de mettre le réveil tous les matins, son but de toujours. « Tout se passait bien, mes résultats étaient bons, puis est arrivée une mauvaise période. En deux voyages à Las Vegas et Rozadov, je n'ai pas enregistré une seule place payée en 20 tournois. »

La suite logique est une baisse de limite mais le Bad Run continue pendant 7-8 mois. C'est là qu'intervient néanmoins son mentor poker, dont il préfère cacher l'identité. « J'ai toujours été un autodidacte, je n'ai jamais pu partager mes expériences avec d'autres joueurs, mais lui a été mon père pokéristique. Il m'a beaucoup aidé. »

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Une aide visiblement efficace quand, à la fin de l'année 2017, il décide d'aller à Valence pour jouer un tournoi qui n'entrait pas dans ses plans. « D'un point de vue financier, je pouvais me le permettre. Mais vu ma période délicate, je pensais que ce n'était pas forcément le mieux à faire. » Le fait est qu'il a gagné le tournoi. « J'ai récupéré d'un seul coup toutes les pertes de l'année. »

2018 allait alors commencer sur les mêmes bases. Il remporte la première étape du Championnat d'Espagne devant Jordi Conejos. « On jouait depuis des heures, et nous avons décidé de dealer. » Sauf que Colillas a oublié qu'il y avait également des points en jeu pour un classement dont le vainqueur se verrait remettre un Platinum Pass. « Le frère de ma fiancée m'a ensuite alerté là-dessus, pourquoi je n'avais pas aussi négocié les points. S'il n'y avait pas eu ce prix en plus, je n'aurais probablement pas joué toutes les étapes du Championnat d'Espagne. »

Avec les gros points de sa première victoire, Ramon se sent logiquement investi d'une mission et arrive à la sixième et dernière étape dans le Top 3 du classement. « L'anniversaire de ma fiancée approchait et elle m'a dit que cette année elle ne voulait rien pour son anniversaire, qu'elle voulait simplement aller aux Bahamas. » Aussitôt dit, aussitôt fait.

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Son voyage au PSPC commence le dimanche 6 janvier, le jour des Rois Mages. En Espagne, les Rois Mages sont ceux qui amènent les cadeaux aux enfants, cette journée est donc très particulière pour les Espagnols. « C'était la première fois que je passais cette journée loin de ma famille. En arrivant aux Bahamas, je me suis remémoré tous mes émotions de quand j'étais enfant. J'étais nerveux, je n'avais jamais joué un tournoi à 25 000 $, et même si je savais qu'il allait y avoir beaucoup de joueurs récréatifs grâce aux Platinum Pass, je savais aussi que ce serait un tournoi très difficile. Le Seat Draw allait être fondamental. Quand je me suis assis à la table, j'ai observé et je n'ai reconnu personne. Sur les autres tables, je voyais beaucoup de joueurs connus, mais à la mienne il n'y avait aucun joueur régulier. »

Le début de tournoi est compliqué. « J'ai tenté un bluff qui n'a pas marché et je suis tombé à 30 000 (sur 60 000 au départ). J'étais un peu touché moralement, mais je suis rapidement remonté et je me suis alors dit que j'allais repartir de zéro. Tout ce que je voulais sur ce Day 1, c'était éviter les setups. Mon idée était de prendre du plaisir, atteindre les places payées et ensuite rêver. »

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Ramon Colillas terminera la journée inaugurale avec le 3e meilleur stack parmi les Espagnols. Le Day 2 sera encore meilleur, puisqu'il finira dans le Top 20, une position qui lui permettra de martyriser la bulle le lendemain. « Une fois que j'ai atteint l'argent, je me suis dit : maintenant, on peut commencer à rêver. » Ce qui ne l'a pas empêché de jouer son jeu. « Avec des paliers importants, je me suis à jouer plus agressif. » Une stratégie payante qui l'a mené au Day 4 et avec 86 400 $ déjà assurés. Les demi-finales auront été tendues, mais grâce notamment à un double-up avec les dames contre les 10, l'Espagnol se hisse en table finale (à 8), avec le 5e stack, tout proche du 3e. « Je savais que si je faisais partie des 3 derniers finalistes, j'allais gagner. Je me sens à l'aise dans cette situation, je suis comme à la maison. » C'est dans ces moments-là qu'être un expert de Spin & Go aide énormément.

Avec l'élimination de Marc Rivera, arrive le Heads-Up contre Julien Martini et cette fameuse main (full contre couleur). « Après le double-up, je me suis dit : je vais gagner, c'est sûr. » Et il en fut ainsi. Colillas a remporté le plus gros tournoi à 25 000 $ de l'histoire du poker, empochant 5 100 000 $. L'histoire de Ramon Colillas part de très loin, mais quel dénouement, n'est-ce-pas ?

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