Sauver des vies une plongée après l'autre : l'incroyable histoire d'une unité de sauvetage et de recherches

Comment une équipe de plongeurs sous-marins composée de volontaires de l'île de Man est toujours sur le pont, prête à partir en mer explorer les flots à la recherche de naufragés disparus...

Située en Mer d'Irlande, dans l'Océan Atlantique entre l'Angleterre et l'Irlande, ce morceau de terre escarpé de 572 km² offre un paysage sauvage, des criques et plages secrètes mais aussi des baies fantastiques. Avec 160 kilomètres de côtes, le risque pour les 80 000 habitants et les marins de passage de finir à la mer existe. Ce danger fait partie de la vie sur une île et si la disparition d'une personne est liée à une suspicion de noyade, il est l'heure pour l'unité spéciale du cru d'entrer en action. La Isle of Man Underwater Search and Recovery Team est une oeuvre caritative mise en place suite au décès tragique du jeune Joshua Caley, disparu en 2015, un soir de 31 décembre. Etudiant en mathématiques à l'Université de Manchester, Joshua était revenu voir sa famille pour les fêtes de Noël. En soirée avec ses amis, les caméras de surveillance de la ville ont capturé sa chute à Ramsey Harbour. Malgré une alerte immédiate puis l'action combinée des secours et des services d'urgence pour fouiller l'eau, le drame n'a pu être évité. L'île de Man a alors réalisé qu'elle n'avait pas une unité dédiée à la recherche en mer et à l'assistance.

« Les gens pensent que le gouvernement a une équipe de plongeurs à disposition dans le cas d'un événement comme celui-ci ou en cas de besoin mais cela n'est pas le cas (pour l'île de Man)", explique la secrétaire générale de l'association, Michelle Haywood qui gère aussi l'unique centre de plongée de l'île. Il y a plusieurs années, une équipe de plongeurs avait été mise en place par les pompiers mais elle avait été démembrée. Frustrés par l'absence de mise en place d'une unité officielle à même de mobiliser et coordonner des recherches sous-marines, Michelle et d'autres plongeurs ont mis en place leur propre structure.

Rassemblés sous l'égide du Constable responsable de la Défense Civile de l'île de Man, une trentaine de plongeurs âgés de la vingtaine à la cinquantaine ont les qualifications nécessaires et le matériel pour inspecter les lacs, les rivières, les côtes et les eaux territoriales : « Certains de nos membres ont un équipement permettant de descendre jusqu'à 80 ou 100 mètres de profondeur, alors que le plongeur standard facturé par une société va s'arrêter à 30 mètres. Nous connaissons les courants et les différents endroits, nous avons donc la capacité d'accéder à des endroits où d'autres plongeurs n'iraient pas », ajoute Michelle.

divers-44-15d.jpgDans les profondeurs

Copains de plongée

Cette équipe de plongée est constituée de plongeurs très qualifiés, des gens qui ont tous exercé la profession de plongeur ou bien le sont encore. Par exemple, Sean O'Connell a travaillé 9 ans en tant que plongeur dans le privé après avoir servi durant 16 années dans la police de Dublin. Cinq années de sa carrière dans la police se sont d'ailleurs déroulées dans l'unité de plongeurs, une unité avec laquelle il a effectué plus de 90 missions de recherche de personnes disparues. « J'ai cherché dans des affaires de suicides, de meurtres, de disparitions accidentelles... presque tous les cas. Si vous imaginez la plupart des trucs liquides, j'ai été dedans - des rivières sans visibilité, les canaux, les lacs, les égouts ou la mer... J'ai perdu le compte des corps arrachés à l'eau », explique ce vétéran.
« Après avoir travaillé dans une unité de sauvetage et de recherche de la police, je sais à quel point c'est important pour la famille de pouvoir récupérer le corps, de pouvoir l'enterrer et faire son deuil », ajoute celui qui habite sur l'île depuis maintenant 18 ans.

sean-dive-photos005.jpgArchives : Sean O'Connell (centre) après une plongée sous-marine

Pas de routine pour l'unité. Parfois l'équipe part sur des bateaux équipés de sonars pour rechercher des bateaux coulés ou comme cela a été le cas plus récemment pour retrouver des équipements de pêche d'une valeur de plus de 25 000 €. Les volontaires ont mis près de trois jours et une douzaine de plongées pour débloquer ce qui était coincé sous des rochers avant de les ramener à la surface. Soulagé, le pêcheur a fait une donation à l'oeuvre de charité.
A d'autres moments, les motifs de sortie sont plus futiles. Il y a quelques semaines les plongeurs volontaires ont sorti un smartphone qu'une femme avait fait tomber dans les eaux du port... elle a aussi effectué une donation pour montrer sa gratitude...

Les plongeurs volontaires sont aidés par une équipe de volontaires sur la terre ferme, ces derniers coordonnent les opérations et la communication, ils font la liaison avec les différents interlocuteurs et parfois même quelques tasses de cafés. La totalité de ceux qui tombent à l'eau ne se noient pas et disparaissent - il y en a qui s'accrochent et flottent, parfois jusqu'au rivage, les volontaires sont donc parés à toute éventualité.
L'oeuvre caritative a augmenté sa présence sur les réseaux sociaux et monte des événements pour collecter des fonds et augmenter sa visibilité. Michelle reçoit donc de nombreuses demandes de plongeurs souhaitant rejoindre l'unité pour fournir une aide à la recherche. Elle rappelle que passer son brevet d'initiation lors des vacances sous le soleil reste quelque chose de totalement différent d'une exploration des fonds glacés de l'île de Man pour retrouver une personne disparue dans des conditions météos défavorables.

diver-44-15a.jpgSolitude...

« Certains postulants n'ont pas pensé qu'il fallait de l'expérience pour ce genre de situations », prévient Michelle. « Cette unité n'est certainement pas pour des gens qui ont fait un peu de plongée au passage. Les eaux autour de l'île de Man peuvent être très sombres et glacées, les courants très forts, parmi les plus puissants de toutes les iles britanniques. C'est parfois un challenge de plonger dans ces eaux-là et le faire dans ces conditions peut être encore plus stressant », prévient-elle.
Sean fait écho à cette opinion : « Chercher des restes humains dans l'eau, parfois dans des conditions difficiles est une expérience complètement différente d'une plongée pour le plaisir lors d'une sortie en mer entre amis. Si la recherche est un succès, le résultat est plutôt sinistre ».

Des donations généreuses

La plongée est un passe-temps plutôt onéreux. Si les volontaires utilisent leurs combinaisons et leur matériel de plongée, l'unité engendre des dépenses qui nécessitent l'organisation de levées de fonds. Michelle et ses volontaires organisent ainsi les 24 heures de plongée deux fois par an, il démarchent aussi les donateurs privés et les entreprises locales.
Certains équipements sont prêtés par Discover Diving. Basé sur l'île, PokerStars a fait une donation en 2016 qui a permis d'acheter 4 masques de plongées équipés d'un système de communication ultra-moderne pour communiquer entre plongeurs mais aussi avec la surface.
Ce système high-tech permet d'améliorer la coordination des opérations et par exemple d'alerter les équipes au sec de stopper les recherches quand un corps est localisé. « Vous n'avez pas envie que la famille soit là quand vous amenez un corps à la surface. Ils n'ont pas besoin de voir un truc aussi perturbant », explique Sean en insistant sur les besoins actuels de l'unité.
En tête de liste arrive un chariot à plus de 2 500 € pour stocker et déplacer les équipements de recherche, mais il faut aussi continuellement acheter de quoi lever des poids sous l'eau en toute sécurité, ou encore un système de vision infrarouge pour les eaux sans visibilité à plus de 15 000 €.
Cette unité de recherche a aussi besoin d'un générateur d'électricité pour pouvoir agir dans des coins isolés ou de mannequins pour pratiquer ses techniques de sauvetage. En fait, l'équipe s'entraîne sans relâche pour créer les conditions réelles et s'améliorer... les entraînements en piscine ont donc lieu avec des masques teintés pour réduire au maximum la visibilité et forcer les plongeurs à travailler au toucher. « C'est déconcertant et pas la plus facile des compétences à obtenir », révèle Sean.

Michelle plonge depuis 24 ans, elle explique qu'elle et ses partenaires font des plongées « à des profondeurs effrayantes », mais aucun des membres de l'équipe ne se met en danger pour affronter des conditions risquées. La sécurité est la priorité numéro 1 : « Quand quelqu'un est sous l'eau il ne va pas lui arriver quelque chose de plus grave que ce qui s'est déjà passé. Il n'est donc pas question de mettre des plongeurs en danger, d'ailleurs il est commun d'entendre des gens dire 'si je disparais lors d'une plongée n'envoyez pas d'équipe pour me chercher car si je ne fais pas surface c'est que je suis déjà mort donc ne mettez plus personne en danger' ».

En état d'alerte

Sous la dépendance de la Couronne britannique, l'île de Man a une population modeste de 84 000 habitants, ce qui rend un déploiement pour chercher une noyade suspecte assez rare selon Sean. L'unité doit tout de même se tenir prête à agir le plus rapidement possible. « Cela n'arrive pas si souvent mais cela ne veut pas dire que nous pouvons nous relaxer et arrêter de nous entraîner. La dernière chose dont nous avons besoin c'est d'une équipe de plongeurs qui se rend sur les lieux d'une noyade potentielle sans maîtriser son affaire. Dans cette situation, la panique monte vite car tu ne sais jamais comment les gens vont réagir s'ils ne sont pas préparés aux conditions réelles », commente Sean.
Sans avoir peur du cliché, Sean insiste sur son rapport à l'eau, le virus de la plongée coule dans ses veines. La passion de la mer aussi. Après avoir travaillé pour l'ONU dans une Bosnie ravagée par la guerre à la fin des années 90, Sean a participé à une expédition pour explorer le site du Titanic dans l'Océan Atlantique. Il fallait descendre pendant près de 10 heures avec deux collègues dans un espace réduit et pas de toilettes : « C'était fantastique [le voyage, pas les conditions dans le sous-marin] », se souvient-il.

sean-dive-photos009.jpgSean O'Connell n'a pas peur de se mouiller

L'esprit de camaraderie des plongeurs impliqués dans l'unité de recherche et de sauvetage de l'île de Man et l'envie de faire partie de quelque chose d'utile ont séduit Sean. « Tout le monde a beaucoup d'enthousiasme et les gens participent car c'est dans leur nature profonde. C'est une action pour la communauté et rien que cela c'est positif », juge-t-il.
« C'est aussi une organisation très égalitaire et horizontale », explique Michelle : « Nos décisions et la mise en oeuvre se font collectivement, personne ne décide pour tout le monde. Nos membres ont tellement d'expérience qu'ils ont beaucoup de suggestions... du coup si nous avons un plan A, nous avons toujours aussi un plan de secours. C'est très gratifiant de travailler avec les autres plongeurs », assure-t-elle.

Malheureusement pour la famille Caley, le corps de Joshua n'a jamais été retrouvé. Pour découvrir plus en détails le travail bénévole de l'unité de recherche et de sauvetage de l'Ile de Man vous pouvez visiter : http://iomunderwatersearchteam.weebly.com/

Si vous souhaitez faire une donation, l'oeuvre caritative Just Giving possède une page que vous pouvez trouver ici : https://www.justgiving.com/underwatersearch-recovery

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