Tout juste auréolé de sa 7ème place sur le PSPC aux Bahamas pour 801 000 $, qui lui a permis de boucler son challenge 10 € to 1 million, Thomas Eychenne poursuit sur balle lancée ici à Monte-Carlo où il a terminé il y a quelques jours runner-up d’un 25 000 € pour plus de 320 000 €.
Joueur d’échecs passionné sur son temps libre, « La Watch » a pris le temps de répondre à quelques questions sur son deuxième jeu préféré après le poker, mis en lumière les similitudes entre échecs et poker et évoquer la superstar des échecs Magnus Carlsen, toujours présent au Jour 3 du Main Event.
INTERVIEW AVEC THOMAS « LA WATCH » EYCHENNE
Où est-ce que tu t’es mis récemment ? Ton rapport aux échecs ?
Je m’y suis mis au milieu de ma carrière de joueur de poker, il y a une dizaine d’années, avec un bon pote à moi avec qui j’étais en colocation. Je ne sais plus comment on a découvert ce jeu, mais on a très vite accroché. On a fait un grand nombre de parties, mais malgré le nombre d’heures que j’y ai passé, je reste un bon récréatif des échecs, même si j’ai un niveau solide par rapport à des débutants. C’est plus un passe-temps qu’autre chose. Je n’ai pas try hard.
Tu jouais aux échecs en mode décompression après tes sessions de poker ?
J’y jouais en mode jeu vidéo, à n’importe quel moment de la journée, un peu comme un piqué. Un peu comme des gens joueraient à Counter Strike ou à n’importe quel jeu sur ordi. Moi, c’était les échecs. J’aime aussi beaucoup regarder les vidéos de streamers qui font du contenu qualitatif, qui retranscrivent les parties de grands maîtres. Je trouve ça super intéressant. Pas que pour les échecs, mais j’aime bien regarder le plus haut niveau dans chaque domaine, comprendre comment les meilleurs réfléchissent.
Est-ce que tu as essayé de convertir tes potes joueurs de poker aux échecs ?
Non, peut-être mon meilleur pote, vite fait. Mais j’étais bien meilleur que lui, du coup, je le battais presque systématiquement, parce qu’à la différence du poker, il n’y a pas de variance aux échecs. Si on est bien meilleur que son adversaire, on va gagner systématiquement. Du coup, je l’ai un peu dégoûté, je pense. Il y a suffisamment de joueurs de poker qui jouent déjà aux échecs, pas besoin de convertir qui que ce soit. Il y a une bonne communauté de joueurs de poker qui jouent aux échecs, donc c’est cool.
Qu’est-ce que tu retrouves dans les échecs que tu connais du poker ?
On se bat avec les mêmes armes, il y a une règle du jeu, les pièces sont disposées de la même façon devant chacun des joueurs. C’est un peu une bataille de Q.I ou d’intelligence, quoique, aujourd’hui, c’est un peu différent parce qu’il y a les ordinateurs qui ont solvés pas mal de trucs. Des joueurs studieux peuvent être bien meilleurs que des gens qui ont plus d’aptitude, parce qu’ils ont appris par coeur toutes les ouvertures. Moi, c’est pas le cas, ça m’arrive régulièrement de faire des erreurs au troisième ou quatrième coup, parce que j’ai pas utilisé les ouvertures, j’essaye juste de jouer de manière logique, c’est très semblable au poker au final. Aux échecs, il y a les ouvertures, au poker, ce sont les ranges preflop. Il y a le middle game, une fois qu’on sort de la théorie, où là chacun des joueurs joue avec sa propre logique, et le end game, où généralement aux échecs, les joueurs studieux sont préparés et vont connaître les fins de partie, et au poker, c’est un peu pareil, le jeu sur la river, quand l’adversaire bet, on sait à peu près quelles mains il faut défendre pour pas overfold, les blockers ou unblockers pour bluff catch ou bluffer … Il y a beaucoup de similitudes. Aussi, aux échecs, le nombre de parties possibles différentes est approximativement égale au nombre d’atomes dans l’univers, donc il y a une quasi infinité de parties possibles. Au poker, c’est pareil, c’est du no limit, donc quand on fait tous les sizings possibles, tous les boards possibles, avec des stacks différents, à 8 joueurs à la table, 6 joueurs… il y a vraiment une infinité de possibilités, c’est très complexe et ce sont souvent ceux qui ont la meilleure logique du jeu qui vont s’en tirer.
Magnus Carlsen, le GOAT des échecs
Pourquoi tu penses que certains grands joueurs d’échecs viennent jouer au poker ?
Il peut y avoir plusieurs raisons. Ca peut être aussi de la lassitude. Magnus Carlsen, qui est ici présent à Monaco (ndlr : Il est au Jour 3 du Main Event), ça fait plusieurs années qu’il écrase la concurrence, il y a personne à son niveau. Ça me fait penser à Paul Morphy (ndlr : Une étoile filante des échecs qui s’est retiré très jeune alors qu’il battait tout le monde). Là, dans le poker, il sait qu’il y a des adversaires meilleurs que lui, vu qu’il commence dans ce domaine, et du coup, il peut essayer de progresser. C’est aussi un jeu où il y a beaucoup plus d’argent. Les échecs, si on est pas dans le Top 10 mondial, on survit. Peut-être qu’il fait pas ça que pour l’argent, mais il y a des centaines de milliers voire de millions d’euros en jeu au poker. Aux échecs, c’est pas le cas. Après, lui, il est numéro 1 mondial, il a des sponsors, j’imagine qu’il est à l’aise avec l’argent, mais pour beaucoup de joueurs d’échecs qui sont dans le Top 300 mondial et qui n’ont pas trop de chances d’atteindre le Top 10, s’ils veulent avoir une stabilité financière, ça peut être un bon move de switcher vers le poker. Il y a beaucoup de similitudes, et pour un bon joueur d’échecs, s’il bosse le jeu, il sera gagnant au poker.
Est-ce que les joueurs d’échecs ont des aptitudes particulières qui pourraient leur permettre d’exceller au poker ?
S’ils viennent en touriste, en pensant qu’ils vont battre des joueurs de poker, parce qu’ils sont forts aux échecs, je pense qu’ils vont perdre. S’ils ont une approche tout aussi professionnelle qu’aux échecs, en apprenant les ranges preflop, quelques concepts importants, ou en se faisant coacher par quelques bons joueurs, ils vont devenir gagnants. Aux échecs, on réfléchit plusieurs coups à l’avance, dans différentes variantes. Au poker, c’est un peu pareil. Quand on paye un c-bet au flop, on s’imagine comment notre main va jouer sur différentes turns, quel va être le stack effectif à la turn par rapport au pot… On réfléchit à différentes situations en avance, et pour ça, les joueurs d’échecs sont très forts. Ils vont progresser 4 fois plus vite que quelqu’un qui débute.
Tu connais peut-être la légende qui circulait sur Almira Skripchenko, grand maître d’échecs qui a fait partie de la Team Winamax au milieu des années 2000. On lui aurait appris les règles du poker dans la voiture en direction d’un Cercle de jeu où se déroulait un tournoi de poker, et elle avait gagné le tournoi quelques heures plus tard.
Almira Skripchenko
La situation inverse ne serait pas possible. Là, au poker, il y a une grosse part de variance. Un joueur de poker, tu lui apprends les règles des échecs, il ne va pas gagner un tournoi derrière.
Qu’est-ce que tu penses de l’initiative qu’il y avait eu il y a quelques années d’organiser des tournois qui mêlent les deux disciplines ?
Cela avantagerait beaucoup trop ceux qui sont bien classés aux échecs, ils vont finir premier. C’est un peu compliqué, on pourrait mettre des handicaps, mais je pense que c’est une fausse bonne idée. Il faudrait probablement mettre des gros handicaps de jetons, des gros handicaps pour ceux qui sont bien classés aux échecs. Quelqu’un qui a 300 ELO de moins aux échecs, il va presque tout le temps perdre.
Si tu rencontrais Magnus Carlsen, tu lui dirais quoi, tu lui parlerais d’échecs ?
Non, parce que je me mets à sa place. Récemment, j’ai perfé aux Bahamas (7ème du PSPC pour 801 000 $), et j’ai terminé mon bankroll challenge. J’ai été très sollicité. Et quand on nous pose 20 fois les mêmes questions, cela peut être fatiguant. C’est pas une personne qui va te pomper ton temps, mais c’est la multitude de personnes qui va te prendre de l’énergie. Je pense que si on aborde Magnus Carlsen, il n’a pas envie d’entendre parler d’échecs. Je lui dirais bonjour, que je respecte beaucoup sa carrière. Que suis un peu un fan de tout ce qu’il a accompli et que je lui souhaite la même réussite dans le poker. Je pense que ça lui ferait plaisir.
Tu penses qu’il y a des joueurs de poker qui sont ce que Magnus Carlsen est aux échecs ?
Peu de personnes ont les capacités qu’il a. A 13 ans, il a fait match nul contre Garry Kasparov (ndlr : numéro un mondial et légende des échecs), il était déjà dans le Top 200 mondial. Il doit y avoir une personne toutes les décennies capable de faire un truc pareil. Je ne sais pas s’il y a des gens extrêmement intelligents au poker, le truc c’est qu’au poker, on peut commencer qu’à 18 ans, donc on ne peut pas trop avoir ce genre de profil. Là, comme ça, je vois pas, je dirais peut-être LLinusLLove (Linus Loeliger), pas très à l’aise socialement et très fort au poker. Je pense que c’est la paire de Carlsen au poker.
Linus « LLinusLLove » Loeliger
J’ai souvent entendu que si t’avais pas commencé les échecs à 4 ans, tu ne pouvais pas atteindre le top niveau mondial. T’en penses quoi ?
Plus tu commences tard, et plus tes chances se réduisent. Ca va très vite, si tu commences à 9/10 ans, c’est déjà trop tard pour devenir grand maître. Il y en a peut-être un ou deux. Il faut commencer très jeune, je ne saurais pas expliquer pourquoi. C’est un truc d’assimilation, que tu es capable de faire que quand t’es enfant.
Alexandra Botez
Tu connais Alexandra Botez, que l’on voit de plus en plus sur les tournois de poker ?
Je l’ai joué au PSPC, je l’ai même bust du PSPC (rires…) Je la connais pas plus que ça, je suivais de loin ses streams sur sa chaîne Youtube consacrée aux échecs. Elle a spew contre moi, d’ailleurs, elle a encore quelques heures à faire dans le poker (rires). C’était marrant, après, je suis allé sur sa chaîne Twitch lui passer le bonjour. Je lui ai dit que j’avais fait 7ème, j’ai brag. (rires)
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