Les joueurs professionnels utilisent une stratégie par défaut. Cette dernière est fluide, se transforme et s’adapte aux besoins de chaque texture de board, de chaque taille de mise et de chaque carte de la rivière.
Toutefois, les bons joueurs de poker ne s’appuient pas uniquement sur leur compréhension supérieure des aspects techniques du jeu. Il est également essentiel de rester très vigilant quant à la manière dont le jeu de vos adversaires diffère de cette solide stratégie par défaut.
Chaque différence entre le jeu d’un adversaire et la stratégie que le professionnel utiliserait constitue une faiblesse dans le jeu de ce joueur. Ces faiblesses peuvent être exploitées dans un second temps, mais il faut d’abord les catégoriser et garder à l’esprit que le joueur les ayant commises est susceptible de refaire le même type d’erreur à l’avenir. Notre objectif aujourd’hui est de déterminer comment mener à bien ce processus de classement de la manière la plus efficace possible.
Commençons par établir une description large de notre point de départ, la fameuse stratégie par défaut, qui servira d’esquisse dans toutes les formes de No Limit Holdem. Le joueur solide, soit le joueur appliquant cette stratégie par défaut, qui ne souffre d’aucun des déséquilibres dont nous allons discuter peut être décrit comme suit :
- Le joueur solide attaque suffisamment les blinds, fait beaucoup de 3-bets avec un mélange de mains fortes et faibles, et entre généralement dans le pot pour relancer et non pour suivre, à moins que les cotes implicites ne soient très favorables et que l’équité de fold et la force de sa main ne soient assez faibles.
- Le joueur solide mise beaucoup sur les flops qui favorisent son éventail. Il ne sort pas du cadre en lançant trop de mains à faible équité sur des flops moins favorables et check/call le flop de temps en temps pour équilibrer les check/fold.
- Le joueur solide se couche à un 3-bet équilibré environ la moitié du temps ou un peu plus. Il bluffe parfois sur un 4-bet avec des mains qu’il ne veut pas suivre et flat 3-bets avec certaines mains qui sont fortes et flexibles, mais pas assez bonnes pour construire un gros pot avec le pré-flop.
- Le joueur solide défend suffisamment ses blinds ne pas subir les stratégies de vol hyperactives de ses adversaires, mais pas trop pour que leurs mains de valeur ne deviennent pas trop performantes.
- Le joueur solide a une certaine marge de bluff au tournant et à la rivière pour presque tous les run-outs contre toute personne qui n’est pas encline à suivre trop loin. Ces bluffs sont des mains convenables en termes de bloqueurs et de manque de valeur à l’abattage et sont équilibrés avec des mains de valeur.
Maintenant que nous avons une meilleure idée de ce à quoi ressemble un jeu solide, examinons les joueurs plus faibles que nous pourrions rencontrer et mettons en place un code couleur pour les séparer en catégories en fonction des types d’erreurs qu’ils sont susceptibles de commettre. Ces erreurs constituent des écarts injustifiés par rapport à la stratégie décrite ci-dessus. Vous pouvez changer les couleurs utilisées selon vos propres goûts. Ce système de code couleur a été établi selon mes préférences personnelles.
Jaune – l’inconnu ou le Reg solide (Régulier). On suppose que ce joueur n’a pas d’autres faiblesses sur celles généralement présentes chez les autres joueurs réguliers à l’enjeu concerné.
- Par exemple, les Regs 10NL ont tendance à trop coucher leurs blinds, à soit surréagir aux agressions soit à ne pas réagir du tout, à c-bet trop souvent, à trop se coucher aux c-bets et à ne pas bluffer assez souvent au tournant ou à la rivière. Si vous jouez en 500 NL Zoom, ces faiblesses ne seront généralement pas présentes chez un adversaire classé en jaune.
- Il n’y a pas de stratégie particulière à adopter ici. Jouez simplement de la manière qui vous paraît la plus adaptée au jeu.
Vert clair – le Semi-Nit. Il s’agit d’un joueur que l’on pourrait presque qualifier de Reg, mais qui joue trop serré pour avoir des chances de gagner régulièrement, sauf dans les parties les moins agressives.
- Ce joueur se couche trop souvent, environ 60-70 % du temps dans la grosse blind contre une petite blind ouverte.
- Il est assez actif en termes d’agression, a une fréquence de vol saine et peut même c-bet trop souvent.
- Ce qui est certain, c’est que ce type de joueur déteste call et préfère coucher les mains marginales lorsqu’il est agressé.
- Cet adversaire déteste tout particulièrement suivre les 3-bets.
- Pour nous adapter au mieux à ce joueur, nous devrions voler un éventail plus large, bluffer les 3-bets plus souvent, c-bet plus large et appliquer plus de pression de manière générale.
- Si cet adversaire attaque dans les dernières streets ou relance l’une de nos mises post-flop, il faut essayer de coucher une plus grande partie de notre range, plus que si nous étions face à un joueur équilibré.
Vert foncé – le Nit. Ce joueur est bien plus incompétent que le Semi-Nit et se couche imprudemment sur tellement de mains qu’il finit par être éliminé par l’impôt du poker : les blinds.
- Cet adversaire sous-défend grossièrement sa blind et joue d’une manière très légère ou se couche dans la plupart des situations.
- Si cet adversaire est dans le pot au départ, il aura souvent une main trop forte pour envisager de se coucher. Si vous aviez attendu 600 mains pour en jouer une, seriez-vous d’humeur à faire un gros lay-down ?
- Après le flop, il y a souvent moins de possibilités de le bluffer que le Semi-Nit.
- Il est recommandé de prendre sans relâche les blinds et les petits pots de cet adversaire et de coucher la grande majorité de notre range face à son agression.
- Nous allons lentement saigner cet adversaire à blanc. Le fait que nous ayons l’opportunité de remporter un grand nombre de ses jetons est un luxe dont nous n’allons pas nous priver.
- Il est mieux que ce joueur soit à notre gauche, car il sous-exploitera son avantage positionnel et nous fournira une poignée de blinds lorsque nous serons dans une position favorable au vol.
Turquoise – le Short-Stacker. Cet adversaire joue intentionnellement avec moins d’argent dans son stack afin de manipuler la taille des stacks et le rapport stack-pot.
- Il est moins susceptible de commettre des erreurs basées sur la taille du tapis.
- Le short-stacker est beaucoup moins susceptible de suivre et beaucoup plus enclin à jouer un jeu de relance ou de repli dans de nombreux spots.
- Nous devons être conscients des tailles de tapis où cet adversaire pourrait faire tapis et nous donner du fil à retordre.
- Dans de telles situations, il est prudent de continuer à réduire la taille de son tapis lorsque l’on dispose d’un range de bet/fold ou de raise/fold, car la fréquence à laquelle nous sommes relancés devient beaucoup plus élevée que face à un Reg normal.
- Nous devons faire très attention à ne classer nos adversaires en tant que short-stackers que si nous sommes certains que ce sont de bons joueurs et qu’ils font bon usage de leur short stacks.
- Dans les cash games, de nombreux joueurs récréatifs ne rechargent pas leur tapis, mais à l’inverse du short stacker, cela n’est pas intentionnel. Ces joueurs doivent être affrontés d’une manière complètement différente.
- Ils sont short-stackés par manque de connaissances et n’harmonisent pas la taille de leur stack avec une stratégie adaptée.
Bleu canard – le Tight-Passif. Ce joueur est une version plus calme du Semi-Nit. Il peut jouer un nombre similaire de mains, mais il est probable qu’il le fasse d’une manière placide.
- Contrairement au Semi-Nit, cet adversaire adore call et fold et est terrifié par toute option impliquant de miser ou de relancer.
- Il est conseillé de voler très largement ce joueur et de s’attendre à construire beaucoup de pots qu’il sera possible de gagner plus tard en faisant preuve d’agressivité.
- Cet adversaire a tendance à suivre la première ou les deux premières streets et à se coucher plus tard dans la main. Nous vous recommandons de bluffer fréquemment contre cet adversaire, mais de rester particulièrement prudent dès qu’il réalise une action qui ne commence pas par un F ni un C.
Bleu foncé – le Rec lâche-passif. Rec signifie « récréatif » et ne doit pas être confondu avec Reg. C’est l’un des joueurs les plus lucratifs à avoir à votre table.
- Il est obsédé par le limp, les relances et le fait de jeter un coup d’œil à tous les flops possibles.
- Il est impératif d’isoler ses limps, de c-bet beaucoup de flops pour capitaliser sur l’équité de fold lorsqu’il manque ses coups avec un junk holding, et de s’en tenir généralement à un range de valeur plus élevée sur les dernières streets.
- Cet adversaire est susceptible de suivre beaucoup pré-flop et de se coucher lorsque le flop est défavorable, mais il peut être très collant plus tard dans la main.
- N’essayez pas de faire fold ce joueur avec une main semi-décente. L’équité du fold diminue considérablement à partir du tournant.
- Il est préférable que ce joueur soit à notre droite pour que nous puissions punir son jeu passif et piéger son argent mort dans le pot.
Rose – le Rec. lâche-agressif. Il s’agit d’un adversaire qui jette l’argent par les fenêtres sans se soucier de l’endroit où il atterrit.
- Il n’aime pas se coucher et a tendance à miser et à relancer avec des gammes de bluff très faibles.
- En effet, si ce joueur commence à checker dans un endroit où l’on s’attend à ce qu’il mise souvent, cela peut indiquer qu’il a réellement une main, pour une fois.
- La clé ici est la patience et la retenue. Bien qu’il puisse être tentant de combattre le feu par le feu, sortir du rang contre ce joueur multiplie la variance de façon exponentielle et n’est pas le meilleur moyen à long terme d’obtenir un avantage. Attendez simplement d’avoir des mains plus fortes et laissez ce joueur miser et relancer.
- Isolez puis piéger cet adversaire et ne soyez pas trop rapide à le relancer hors des pots à moins que le board ne soit humide et dangereux pour votre main.
- 3-bet pour la valeur, c-bet pour la valeur, suivre pour la valeur. Soyez prêt à vous coucher et à attendre un meilleur spot lorsque vous ne savez pas s’il faut suivre ou relancer.
Rouge – le Reg trop agressif. Ce joueur est presque un bon joueur, comme le Semi-Nit, mais se met des bâtons dans les roues lui-même en étant trop désireux de gagner des pots.
- Cet adversaire se montrera très agressif pour mettre la pression sur les autres joueurs. Face à un Reg trop agressif, il est très important que nous nous abstenions d’ouvrir, de c-bet ou de 3-bet dans un range que nous ne pouvons pas défendre assez fréquemment contre une relance.
- Une fois de plus, il faudrait faire plus de check et de call que ce que l’on ferait normalement. Il n’est pas judicieux de relancer des mains fortes post-flop contre ce joueur à moins que le board ne soit humide. Il est probable qu’il fasse les mises pour nous et nous avons donc tout intérêt à nous assurer qu’il y a des mains fortes dans nos gammes de check et de call.
- Pré-flop, nous devons être extrêmement prudents et ne pas voler ses blinds plus que nécessaire face à un 3-bet. Il est acceptable de se coucher la moitié du temps face à un 3-bet, mais si ce nombre augmente jusqu’à 60 ou 70 %, alors il est possible que ce joueur soit en train de nous exploiter.
Orange – le bon Reg.
- C’est le seul joueur qui nous oblige à revenir au plan de jeu solide initial.
- Comme cet adversaire est à la fois équilibré et capable d’être déséquilibré pour exploiter les faiblesses, il n’y a pas de raison de sortir de notre jeu solide à moins que nous ne détections une faiblesse à attaquer.
- Nous gardons donc nos fréquences de value betting et de bluff équilibrées et nous nous assurons que nous n’offrons pas de faiblesses stratégiques propres à notre jeu.
- Heureusement, le bon Reg est un adversaire rare.
Il y a généralement une opportunité de s’écarter du plan de jeu solide défini au début de cet article et d’être déséquilibré d’une manière ou d’une autre afin d’exploiter les faiblesses de l’adversaire. Il suffit d’être suffisamment observateur pour détecter à quelle couleur correspondent nos adversaires déséquilibrés. Un bon jeu d’exploitation des faiblesses consiste d’abord à procéder à cette identification puis à utiliser les contre-stratégies appropriées pour récolter le maximum de bénéfices.
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