Ce fut une journée relativement courte sur ce Day 4 de l’EPT Monte-Carlo puisque, après seulement 4 niveaux de 90 minutes de jeu, le field est tombé à 13 joueurs restants.
On a perdu dans cette histoire trois de nos cinq représentants français, Alexandre Landron (27ème), victime d’un gros setup avec flush max contre full, José Astima (22ème), qui a perdu deux gros coups de suite avec As-Roi, d’abord contre deux Dames puis contre deux As et Jean-Vincent Lehut (21ème) sur un coin flip avec une paire de 8 contre As-Roi.
Sont également tombés au combat les deux vainqueurs du PSPC Aliaksandr Shylko (36ème), sur un gros coin flip contre Arnaud Enselme en début de journée, et Ramon Colillas (32ème), sur un classique coin flip également avec une paire de 8 contre le As-Dame de Elias Fisz, ainsi que le vainqueur de l’EPT Sotchi, Artur Martirosian, dernier éliminé de la journée en 14ème place.
La bonne nouvelle, c’est que nous avons encore deux français en lice à 13 left de l’EPT Monte-Carlo, assurés de remporter un minimum de 52 750 €, Samy Boujmala et Arnaud Enselme, avec respectivement 2,2 millions et 1,9 millions de jetons, 7ème et 9ème du field restant.
La journée a démarré comme dans un rêve pour Arnaud Enselme, propulsé dès le premier niveau à plus de 2 millions grâce à deux coin flips remportés contre Aliaksandr Shylko et Stefan Huber. Débarqué en table télévisée avec 2 millions, soit l’un des plus gros stacks à ce moment-là, il aura connu une journée plus difficile par la suite, avec notamment deux coups perdus, dont un contre Mike Watson, où il 3-bet le vainqueur EPT canadien avec J♣10♣, puis c-bet sur un flop 7-5-4 avec un trèfle. Il give up après sur le roi, évitant la catastrophe contre les Dames de Watson. Il finira la journée avec 1 945 000 jetons, soit 48 blindes à la reprise.
Samy Boujmala
Pour Samy Boujmala, c’est sans gros coups qu’il a monté un stack de 2 275 000 jetons. Sans se mettre en danger, en disputant des petits coups, en attendant que ses adversaires fassent des erreurs. Tellement heureux de rallier le Jour 5, Samy Boujmala n’aurait même pas dû être là. Il me racontait au Jour 2 que c’était grâce à Virgile Turchi, son coach actuel, qu’il est venu à Monaco. « On jouait des sats online pour se qualifier pour le Main. On s’est dit que si l’un de nous prenait le package, il emmenait l’autre dans sa chambre au Monte-Carlo Bay« . Virgile a pris son ticket sur l’un des derniers satellites disponibles et a amené Samy dans ses valises; Sur place, Samy, qui à la base ne voulait jouer que le Main Event FPS et le FPS High-Roller, s’est chauffé pour faire un satellite. La suite, on la connaît, quelques jours plus tard, il est en train de réaliser le one time d’une vie, déjà assuré de réaliser sa plus grosse performance sur le circuit live, lui dont le meilleur résultat à ce jour remonte à son deep run sur le Main Event des WSOP en 2018 (375ème pour 33 305 $)
La route est encore longue, mais à 13 joueurs restants, avec un field qui fait moins peur que d’habitude, Samy Boujmala et Arnaud Enselme savent qu’il y a la place. Se dresseront sur leur route deux joueurs très expérimentés, Mike « SirWatts » Watson, terreur online depuis des années, vainqueur du PCA en 2016, 18 millions de dollars amassés sur le circuit depuis 17 ans qu’il écume les plus gros tournois de la planète, et Jason Wheeler, 4,5 millions de dollars de gains et runner-up du PSC Prague derrière Kalidou Sow en 2017.
On oublie pas non plus le chipleader norvégien Joachim Haraldstad qui entamera le Jour 5 avec un stack de 5, 6 millions, l’expérimenté Ori Hasson ou le fantasque Nicola Grieco, qui eux aussi chercheront à atteindre la table finale demain dès 12h00 avec des blindes qui reprendront sur 20 000 / 40 000 (BB Ante 40 000) pour une moyenne à 2,5 millions, soit … 63 blindes.
Le classement complet à la reprise :
ENTRETIEN AVEC ARNAUD ENSELME ET SAMY BOUJMALA
Alors, Arnaud, tu y crois, à ce qui t’arrive, là ?
Arnaud : « C’est un rêve depuis que j’ai commencé à m’intéresser au poker. Le circuit EPT, c’est le plus prestigieux pour moi, c’est là où il y a les meilleurs joueurs du monde, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Je me rends compte de la chance que j’ai d’être encore dans ce tournoi et de toucher du doigt mon rêve. Cela fait pas mal d’années que je joue, j’ai rarement joué des tournois sur autant de jours, c’est dur physiquement. Ma copine est là pour moi, elle s’occupe de tout, j’ai fait une séance d’hypnose avec elle, pour que je retire mes mauvaises pensées, parce qu’il y avait un coup que j’avais très mal joué. J’ai envie de la rendre la plus fière possible. Je reçois plein de messages de gens qui me suivent partout, j’ai même reçu un message d’un random qui m’a dit qu’il me sentait bien avant le début de l’EPT. Ce genre de petits détails, je suis sûr que ça joue mentalement, que ça aide à avoir confiance, t’es plus dans la zone, t’as envie de le faire aussi pour les autres.
Comment s’est passée ta journée ?
Arnaud : J’ai eu un énorme rush ce matin, et après, quand j’ai été déplacé en table télévisée, j’étais un peu card dead. Je n’ai joué quasiment que des petits coups. J’ai perdu un gros coup contre Watson, où je 3-bet J♣10♣ contre Watson et je fais un c-bet sur 754 avec un trèfle. J’ai give up sur le roi et je suis content d’avoir give up, parce qu’au showdown il avait deux dames, et river j’avais une décision close entre bluffer pour représenter ce qu’il avait ou give up. Même si ce gars, c’est un des meilleurs du monde, les ranges ici, elles sont tight, il ne doit pas faire d’erreurs. C’est aussi génial de deep run avec Samy, je le connais depuis longtemps. C’est incroyable de partager ça avec lui, on va être relié à vie. Samy, quand j’ai commencé à jouer, c’était la légende de PokerStars France (rires), on se connaissait pas en vrai mais on s’est écrit nos premiers messages à table sur les tables de poker online. Au Day 1, quand je l’ai vu chipleader, j’étais trop content pour lui. C’est le mec que tout le monde aime sur le circuit. Je suis à fond derrière lui demain, même si bien sûr on va se jouer, et y aura pas de quartiers entre nous !
Qu’est-ce que tu penses de la structure ? La moyenne est vraiment haute par rapport à habitude (63bb) ?
J’ai quand même envie de rester tranquille, parce que j’ai l’impression qu’il y a encore trois quatre mecs qui peuvent s’envoyer en l’air. Et j’espère que je serai dans le coup quand ça arriver. En vrai, mon plan de jeu, il est très clair dans ma tête, ne pas faire de folie et attendre que les autres déjouent comme je l’ai fait depuis le début du tournoi.
Mike « SirWatts » Watson
T’as identifié des mecs forts dans le field restant du tournoi ?
J’étais bien content que Martirosian bust à la fin de journée, il était à ma gauche et il est très fort. ILe mec que je crains beaucoup, c’est « SirWatts » (Mike Watson). Je ne remarque rien quand il est dans un coup, il a tout le temps la même gueule, il ne donne aucun tell, il joue très bien faut dire ce qu’il est. Je trouve le niveau beaucoup plus relevé que sur la moyenne des fields EPT.
Samy (l’interrompant) : Ah ouais ? Il reste quand même deux fishs. Les regs, ce sont de bons joueurs de cartes, mais pas forcément de bons joueurs de tournoi. Dans le sens où ils peuvent spew, ils ne vont pas trop respecter l’ICM. Il y a la place pour aller loin, en vrai.
Et toi, Samy, tu commences à ressentir une certaine pression ?
En vrai, c’était ma plus grosse crainte, mais je me suis senti comme un poisson dans l’eau aujourd’hui, j’ai vraiment joué mon poker parfaitement, bien géré mes émotions, donc j’étais vraiment content de cela. C’était vraiment mon premier objectif, depuis le début du tournoi, je ne focus que ça, plus j’avance dans le tournoi, plus je suis à l’aise et je me sens bien, c’est vraiment kiffant.
T’as joué des gros coups dans la journée ?
Je n’ai joué que des petits pots aujourd’hui. C’est peut-être aussi pour ça que je me sens à l’aise, je ne me sens jamais en danger. Je suis un peu sur la même stratégie qu’Arnaud, on est sur un average hyper haut, les mecs sont bons, mais tous un peu spewtard, on attend les erreurs et on tricote.
Vous avez été à tapis couvert pendant cet EPT ?
Les deux : Jamais.
Arnaud : Je croyais que c’était une légende, à chaque fois que les gens deep runnaient sur un EPT, ils disaient « J’ai jamais été à tapis couvert du tournoi » ; Et en fait, tu te rends compte qu’une fois que t’es en deep run et que t’as des jetons, ça peut arriver. Juste ce matin, j’étais dans un mauvais mindset, mon tournoi dépendait beaucoup de comment se passait le premier niveau. Heureusement j’ai passé le premier flip contre Shylko, si je le perds je tombe à 10-15 blindes, ça se joue à pas grand chose les tournois. Pendant que le croupier déroulait le board, dans ma tête je me disais « iI a déjà gagné le PSPC, il a déjà gagné le PSPC ! » (rires)
C’est quoi le programme de ce soir ?
Arnaud : On va se faire un resto avec ma copine. Je me couche pas très tard ces derniers jours et on va continuer pour être frais demain. Ma copine, elle m’aide vraiment. Si je gagne le tournoi, il y a moyen qu’elle prenne le package à vie pour venir me rail (rires).
Samy : J’ai un copain du collège qui est venu pour me voir, mais ma copine, elle peut vraiment pas venir, à cause du boulot. Cela fait deux ou trois jours que je n’arrive pas à dormir. Ce soir, je vais me lessiver à la salle pour être fatigué et aller me coucher tôt. On va un peu débrief avec Virgile (Turchi), parce qu’on partage la chambre. C’est en grande partie grâce à lui que je suis là, cela fait 3 mois qu’il me coache, je pense vraiment que je ne serai pas là s’il ne m’avait pas coaché. Je dois aussi beaucoup à un mec moins connu qui s’appelle Hedi Boussetta, c’est un mec qui est dans l’ombre, mais c’est un des meilleurs français, il m’a fait beaucoup progresser, ça me fout des frissons rien que d’en parler, j’ai beaucoup travaillé avec lui et je lui dois beaucoup.
Les paliers, tu les regardes ?
Non, pas du tout. Juste quand j’ai ITM, je regardais les paliers, mais là, une fois dans mon jeu, je ne les regarde pas. Je mets tout mon focus dans le fait de bien jouer, et je fais abstraction de tout le reste. Je suis presque surpris de moi pour ça.
Il y a des joueurs qui te font peur ?
Je pense que Watson, c’est le meilleur, mais il sait qu’il est le meilleur, alors il force un peu, à certains moments. Il y a un coup, où il relance avec paire de 3 au Lo-Jack, en vrai au niveau ICM, c’est une grosse erreur. S’il fait ça, c’est qu’il considère qu’il est meilleur que nous, il a pas mal overplay. Cela peut jouer en notre faveur. Attendre ce genre d’erreurs, ça peut être une solution pour gagner des coups demain.
C’est quoi ton objectif maintenant ?
Mon premier petit objectif, c’est de faire Top 9. Je suis très à l’aise en full ring. Je pense que si j’arrive en full ring, il y a de grandes chances que je fasse top 6. Ça dépendra de mon stack, mais je me débrouille vraiment bien en full ring. Et pareil, gros kif de deep run avec Arnaud, jamais je n’aurais pu imaginer ça. On jouait des 3 € il y a dix ans ensemble online et on se retrouve à 13 left de l’EPT, c’est magnifique.
Tu disais que même après un deep run pareil, tu allais rejouer des petits tournois online. C’est vrai ?
En vrai, je pense que même si je fais Top 3, je ne changerai pas beaucoup mes buy-ins. Pas énormément en tout cas, parce qu’en vrai, je jouais déjà assez cher pour ma roll. Des 1 000 € et des 2 000 € en live, et online, quelques 500 € et beaucoup de 250 €. Je pense que je n’irai pas jouer plus haut, peut-être les Main Event, parce que ça reste assez facile pour le buy-in, mais j’irais jamais reg les 5/10k parce que j’estime que j’ai pas le niveau.
Merci Arnaud et Samy.
